Championnats du monde Ironman 140.6 à Kailua-Kona le 14 Octobre 2017

Kailua-Kona, Samedi 14 Octobre 2017, le réveil sonne à 4hrs comme pour toutes mes courses Ironman. Petit déjeuner et j’enfile ma tenue de combat pour la journée, on n’oublie pas la nourriture et la boisson pour mettre sur le vélo et direction la jetée de Kailua-Kona où se trouve la zone de transition, le départ et l’arrivée pour ma course.

la jetée de Kailua-Kona

Très excité d’être ici mais à la fois un peu déçu de ne pas être spectateur (car c’est la première fois où la course professionnelle va comporter de nombreux rebondissements et je serai spolié de l’issue de la course avant même de la finir) !

Pour cette course l’objectif principal est de prendre du plaisir, finir sans se mettre dans le rouge, finir avant le coucher du soleil (qui est splendide chaque fin de journée). Lors de mon précédent Ironman, IM Lake Placid, j’étais tellement concentré sur la performance, la réussite et le résultat que je n’ai pas pris le temps de profiter suffisamment de la course.

Pour Kona c’est simple niveau vestimentaire, même si la météo est pourrie ce sont des températures tropicales donc c’est minimaliste au possible, pas question de veste ou de manche. Et pour la course du 14 Octobre ils annoncent une magnifique journée comme on a eu toute la semaine.

Je prépare mon vélo dans une superbe ambiance tout le monde semble calme et enthousiaste. Je remarque que plus de 90% des athlètes ici portent leur puce à la cheville gauche (tout comme moi) alors que dans les autres courses 90% la porte à droite. Petit détail qui ne sert a rien mais qui me fait réaliser que tous les athlètes ici présents ne laissent rien au hasard et pensent au moindre détail. Porter la puce à gauche laisse plus de dégagement sur le vélo car les plateaux/chaine sont à droite.

Je croise mon ami Billy en zone de transition, on est ami depuis 2015 grâce à Strava, lorsque l’on préparait l’Ironman de Muskoka. Nous étions tous deux toujours dans les 3 premiers du classement hebdomadaire de l’événement et on se coursait via l’application bien avant de se rencontrer pour la première fois à Muskoka, puis le marathon de Boston cette année et finalement Kona !

En attente du départ

Les athlètes professionnels rentrent dans l’eau vers 6h. Un sas nous sépare des féminines pros et nous ne pouvons malheureusement pas voir les départs. Je croiserai Daniela Ryf, Tim Don, Frederick Van Lierde avant d’entendre les coups de canons pour les départs des pros hommes et femmes. Une fois les féminines pros parties on nous ouvre les portes pour accéder à la zone d’échauffement et de départ qui est dans 30minutes. Je passe donc 20min dans l’eau debout puis me dirige sur la ligne de départ pour patienter les 10 dernieres minutes en nageant sur place.

Concentration d’avant course

L’eau est magnifique, chaude et transparente mais également très salée ! Tous les entraînements que j’ai réalisés cette semaine dans l’océan ont résultés avec un goût horrible dans la bouche à chaque fois, au bout de 40min j’avais la sensation que ma langue était une vieille éponge rassie oubliée pendant 3 semaines dans le fond d’un évier sec.

un supporteur venu encourager

Coup de canon, ca décolle en masse, comme prévu, c’est le bordel, une déferlante de baffes. Généralement dans les départs en masse le peloton s’étire et des groupes se forment assez rapidement. J’imagine que le même effet se produira ici. Mais il n’y a que l’élite des athlètes, donc personne ne laisse un pouce de terrain, pas de politesse et tu as la sensation que le groupe ne s’étire pas pendant les 3800m de nage. Constamment quelqu’un devant, derrière, et de chaque côté.

Feu!

Attraper les pieds d’un autre compétiteur n’est pas compliqué pour drafter, faut il encore trouver le bon ! Je double quelques paires de pieds que je trouve trop lents et je me fais passer également par 3 ou 4 nageurs. J’arrive tant bien que mal à ne pas sortir de ma zone de confort, à nager relativement bien, sans boire trop d’eau et sans trop forcer.

Dans l’action

On a la sensation de nager dans un aquarium salé, tellement l’eau est clair. On voit de temps à autres un bonnet de bain seul dérivant sous la surface de l’eau tel un corps noyé qui n’a pas survécu à la bataille.

Bonnet blanc = athlete pro

Arrive le demi tour à la moitié du parcours, dans la cohue du virage serré je me fais arracher mon bonnet de bain 🙁 dommage cela aurait été un beau souvenir ce bonnet tagué « Ironman World Championship » pour frimer accoudé au mur de la piscine municipale.

Retour sur la jetée

En sortant du demi tour je note un peu moins de monde devant moi et je nage quelques centaines de mètres en tête de mon groupe. Puis rapidement je recolle un autre groupe puis me replace dans les pieds d’un concurrent en poussant de l’épaule un autre athlète qui était déjà en train de drafter la paire de pieds.

Sortie de l’eau, le bonnet est resté dans le pacifique!

On aperçoit rapidement la jetée de Kona que l’on a quittée peu de temps avant, derniers efforts en nage, je me dis que c’était long mais c’est toujours ce que je pense lors de la partie nage d’un Ironman. Je monte les escaliers pour m’extirper de l’eau et regarde ma montre qui m’affiche 1h05. Plutôt bien, à la vue des entrainements natation de ces dernières semaines (plutôt inexistants).

Si c’est pas sur Strava, ça ne compte pas!

Un volontaire ouvre le zip de la tenue de nage que j’enlève puis je vais chercher mon vélo qui se tient presque seul dans la zone de transition ! Première fois que je trouve le parc à vélo aussi vide en transition 1. Habituellement le parc est vide lorsque je rentre du vélo mais pas quand je commence. D’habitude la grande majorité est encore dans l’eau quand je prends mon vélo, mais aujourd’hui la grande majorité est déjà partie !

après la nage c’est les escaliers

Le début du parcours vélo est assez étroit, de nombreux spectateurs sont là et nous encouragent. Je vois ma femme et des amis qui nous saluent. Puis on monte sur l’autoroute, la fameuse Queen Kaa’. Je passe mon ami Billy, je suis d’ailleurs très surpris de le passer car il est bien meilleur nageur et rouleur que moi. Je savais que je le rattraperai sur la course à pied mais je ne pensais pas le voir avant le marathon ! Je lui demande si ça va et il me dit que oui tout est ok. On discute 30 secondes puis je prends les devants et fait ma course.

un peu de verdure sur le parcours vélo

Sur cette autoroute pas d’abri. Aucun arbre, aucun immeuble. Tu es tout le temps exposé aux vents et au soleil. Sur l’île, du vent et du soleil il y en a en masse. Lorsqu’il fait chaud il est difficile de manger pendant l’effort car la sensation de faim ne se fait pas ressentir, mais il faut tout de même absorber des calories.

En ville

Ma stratégie est de prendre une barre de céréale chaque heure. Je me forcerai de manger selon mon plan. Au final j’ai mangé 4 barres de céréales pour les 4 premières heures puis des gommes Cliffs sur la dernière heure (pour ne pas avoir la digestion d’une barre de céréale sur l’estomac pendant le marathon et tout de même avoir des calories à bruler).

Champs de lave

Mon ami Billy me passe vers le km 60, puis je ne le reverrai pas de toute la partie vélo (sauf au demi tour km 95 où je noterai qu’il a déjà un bon 5min d’avance sur moi) !

On reste couché

On remarque quelques crashs, encore des débris de vélo présents sur la route, parfois des lunettes a plus de $500 par terre, des visières de casque, beaucoup de bidons, des cartouches de CO2, des compteurs GPS, une vraie brocante pas chère pour ceux qui daignent s’arrêter ! Billy me confiera qu’il a lui même laissé échapper son compteur Garmin et que comme tout bon compétiteur l’a laissé pour mort sur le bord de la route sans même se retourner !

Champs de lave

Là où il faut porter une attention particulière c’est pendant les ravitaillements. Des coureurs balancent leurs bouteilles (vides ou pleines) pour en prendre des fraiches. Il faut alors anticiper comment vont rebondir et rouler les rebus ! Un coup de malchance et le bidon d’un autre athlète rebondit contre une table ou poubelle et vient frapper mon pédalier, par chance il n’est pas passé sous ma roue avant ce qui aurait été bien plus dramatique car de surcroît dans ces zones, on ne tient le vélo qu’à une main pour pouvoir se ravitailler de l’autre. En plus il faut gérer les athlètes qui n’arrivent pas à attraper une bouteille et font tomber toutes celles disponibles, ou celui qui ralentit bien trop et que tu dois doubler pendant la zone de ravito, ce qui te fait louper 2 ou 3 occasions d’attraper des bouteilles.

ça semble grimper

Je trouverai le parcours relativement dur, cela serait dû certainement à la chaleur, mais surtout au vent. Habituellement je suis confortable dans les montées et je me démarque nettement des autres dans ces portions, mais c’est surement le fait qu’il n’y ai pas de fort pourcentage ici et surtout que seul le top des athlètes est présent, ce qui me donne l’impression d’être « moyen » ou juste dans le milieu du classement.

ça me rassure, je ne suis pas le seul à m’être retourné!

Sur le retour je sais que j’ai été conservateur sur le vélo, et je remarque que je passe le km 140 en 3h58. Il me reste donc 40km. Je pense que si je sors de mon mode conservateur alors je peux boucler les 180km juste sous les 5h ! 1h à passer à 40km/h. Je baisse la tète et j’arrête de passer le petit plateau. Je sais qu’il faut que je passe chaque 10 km sous les 15min et ce 4 fois de suite. Premier 10km en 14’40’’ parfait le rythme est bon et il n’est pas intenable. Je me dis que si je performe bien sur le vélo je vais même rattraper Billy avant la fin et courir relax avec lui le marathon. Mais le second 10km est fait en plus de 17minutes ! Les dernières belles bosses auront eu raison de moi. Et de surcroît aucun ravitaillement n’est présent dans les derniers 30miles !

encore un peu de ville

Dans les derniers 5 ou 10km du vélo, je croise Lionel Sanders en tête de la course à pied, il est déjà rendu sur la Queen Kaa’ en direction du « Énergie Lab » je lui hurle dessus pour l’encourager et je remarque l’avance incroyable qu’il a sur le reste des pros, je suis convaincu qu’il sera champion de monde comme je l’avais espéré.

Encore un peu de lave

Je relâche donc mon effort pour les 30 derniers kilomètres et me dis que je reverrai Billy sur la course à pied. Je pose le vélo en 5h15 puis je rentre dans la tente pour me changer.

La tente est remplie d’eau au sol. Les athlètes se rafraichissent en s’arrosant tant bien que mal avec des poubelles, remplies d’eau et de glace, placées sur les bords de la tente. Ce qui met de l’eau partout et le sol dépourvu de drain retient cette eau. Je n’ai pas encore fait 100m que mes pompes sont déjà mouillées (j’ai réussi quand même à ne pas complètement les tremper).

Je déteste ça courir avec des chaussettes mouillées. Je sais que la majorité des coureurs aiment s’arroser au possible et je le comprends, mais moi je m’arrange toujours pour éviter que l’eau ne coule pas dans les chaussettes, si je me mouille la tête ou le torse.

La chaleur se fait sentir bien plus qu’à vélo une fois la course commencée, je sens tout de suite le soleil frapper ma nuque. Je commence à très bon rythme 4min/km. Je sais que cela est trop rapide et que je devrais plutôt envisager une vitesse de 4’15’’/km mais mon but est de rattraper Billy pour finir à son rythme, qui sera bien plus relax pour moi. Donc plus je cours vite maintenant plus tôt je pourrai récupérer.

Concentré sur ma foulée

On court sur Alii Drive un aller et retour de 17km ce qui paraît interminable ! Je croise Daniela Ryf seule en tête, et nombreux sont les supporters sur le bord de la route, ce qui aide grandement à courir vite. A ce rythme je dépasse des centaines de compétiteurs et personne ne s’accroche. Je sais que je vais bien trop vite et je ressens déjà de la difficulté et de l’inconfort, au km 6 je commence même à me demander où est Billy. Soudain je le vois qui revient en sens inverse, et lui dis qu’il est trop rapide pour moi, et lui me répond « oh non déjà, tu vas m’écraser ! » Pourtant je ne vois toujours pas le demi tour qui est à la sortie d’un ravitaillement. Donc au final Billy est à 1min ou 1min30 de moi. Je sais que dans moins d’un mile je serai à ces côtés.

à 4min/km (15km/h) sur Ali’i Drive

Les spectateurs ont sorti leurs tuyaux d’arrosage pour rafraîchir les concurrents, et que tu le veuilles ou non ils t’arrosent de la tête aux pieds. Donc je suis complètement trempé malgré moi, bonjour les ampoules ! Finalement au km 12 je rattrape Billy et je coupe mon effort ! ENFIN ! À ce point je suis vraiment ravi de jogger à 5min/km !

Synchronisés

Avec Billy on croise nos conjointes qui nous encouragent et qui joggent un 100m avec nous, je leur demande alors si Lionel est champion du monde et elles m’informent que c’est Patrick Lange ! Assez déçu de la nouvelle je me dis que la course devait tout de même être passionnante à suivre du fait des nombreux rebondissements.

Avec Billy

Arrive la côte de Palini qui est toute une montée et je n’arrive même pas à la courir ! Moi qui adore les côtes ! Puis on arrive sur la Queen Kaa’, pas une seule zone d’ombre pour les 22 derniers kilomètres !

HI 5!

On continue de Jogger tout en discutant, on croise à nouveau Daniela Ryf qui est dans ses 5 derniers kilomètres, je la félicite pour son futur 3eme couronnement. Puis quelques minutes plus tard on croise Jan Frodeno qui nous salue également. Très étonnés de sa contre performance on réalise que même le meilleur athlète au monde peut avoir des défaillances.

Le rythme de course est bien, il oscille entre 4’40’’ et 5’30 au kilo, je suis vraiment à l’aise, et pourrai tenir une journée complète à ce rythme. On traverse le « énergie Lab », et on revient sur nos pas pour les derniers 10km.

Je prendrai toutes les ressources disponibles sur chaque ravito, pour essayer de refroidir mon corps. Les 12 premiers kilomètres ont réellement fait du dommage et je ne retrouverai une bonne condition qu’au kilomètre 16 ou 18 mais déciderai de rester avec Billy jusqu’a la fin. Ce n’est pas 20 ou 40 places de grappillées qui vont changer quoique ce soit, autant rester dans ma zone de confort et profiter agréablement de l’expérience.

Billy tient sa montre GPS dans sa main, question d’habitude apparemment, il n’aime pas l’avoir autour du poignet. Lors d’un ravitaillement en ressortant de l’énergie lab, lorsqu’il se débarrasse d’une éponge ou d’un gobelet il s’écrie vulgairement et se jette sur la poubelle. Je comprends tout de suite qu’avec les déchets il a balancé sa montre dans la poubelle ! Alors qu’il commence à vider celle-ci, je raconte au bénévole ce qu’il vient de se passer et ce dernier vient en aide à Billy qui cette fois ci s’est arrêté pour son GPS. Ils vident tous deux les déchets un par un de l’énorme poubelle jusqu’à ce que Billy réalise qu’il a sa montre entre les dents, depuis le début de la scène ! J’explose de rire, Billy rouge de honte ou par le soleil s’excuse, on repart de plus belle, le pauvre bénévole dépité de ses efforts vains n’a plus qu’à regrouper tous les déchets et les remettre dans la poubelle !

il me manque un bout de mon mollet gauche!

On décompte les miles et également les kilomètres 1 par 1 car Billy lui est vraiment dans le dur! Finalement arrive le dernier mile dans la descente de Palini (descente qui fait bien mal aux orteils et aux ampoules) puis le dernier kilomètre, Billy se sent pousser des ailes et on courra ces derniers 1000m à bon rythme.

Finish line

On passe la ligne ensemble euphoriques, en 10h07. Il me remerciera plusieurs centaines de fois, pour ne pas l’avoir laisser et l’avoir pousser tout au long car sans ça il aurait certainement fini après le coucher du soleil.

Mike Reilly devait être en pause pendant notre arrivée!

On est accueilli par des bénévoles, celui qui m’accompagne est un fan inconditionnel de triathlon, donc devient rapidement mon meilleur ami et il me détaille la course des athlètes hommes professionnels. Puis séance photo finish avec les médailles, pizzas, burgers (USA oblige), massages et la vie reprend là où elle s’est arrêtée quelques heures avant de vivre ces 10heures d’émotions fortes !

Photo souvenir, les cuisses ont bien grillées!

 

Meilleure équipe support et coucher de soleil Hawaiien

 

les Britanniques ont eu plus de coups de soleil que moi!