La saintexpress, Décembre 2012 par Olive

Dimanche 02 décembre il est 3h36 du matin, je rentre dans le palais des sports de Lyon, passe la ligne d’arrivée en faisant un coucou et forçant un sourire pour le photographe.

Petit retour en arrière, Samedi 1er décembre 18h, je me gare sur le parking du palais des sports de Lyon, il commence à y avoir du monde mais j’arrive à temps pour me garer facilement. L’intérieur du palais est impressionnant, on sent l’organisation d’un évènement majeur à un niveau international. Je retire mon dossard prend des photos de l’arche d’arrivée en me disant que je la franchirai coûte que coûte dans quelques heures. Les entrainements des semaines précédentes doivent payer aujourd’hui. Les navettes pour Ste Catherine (point de départ) partent à 21H donc cela me laisse pas mal de temps. Je me change tranquillement, découpe mon dossard chasuble le fixe sur le camelbak et sur ma ceinture porte dossard. Je lis et relis mon roadbook et apprends mes temps de passages estimés. Mon objectif est d’être finisher (mais j’espère secrètement finir en moins de 5h).

20h45, je me décide de rejoindre les navettes. Il ne fait pas froid dehors mais la nuit est déjà totale, je monte dans le premier bus avec l’affiche « Saintexpress ».

21H on décolle, pas beaucoup d’ambiance le long du trajet, chacun se rend compte des kilomètres qui défilent et qu’il faudra rentrer à pied.

A Sainte Catherine la descente du bus est saisissante ! Le ressentie est d’environ -5°C ! On se précipite sous les tentes chauffées qui serviront de ravitaillement dans quelques heures pour ceux qui font la Saintelyon. Je badigeonne mes pieds de vaseline puis me dirige sous l’arche de départ. Je suis devant (dans les 300 premiers a mon estimation), la puce électronique me confirmera ma place : 224ème sur la ligne de départ. Mes voisins ne sont pas bavards, tous concentrés et déjà dans leur bulle, juste quelques rires nerveux se font entendre. Je branche mon Ipod et tente de me réchauffer en sautillant, J’allume ma montre pour qu’elle ait le temps d’accrocher un signal GPS avant le départ, Je me répète mes temps de passage et relis mon roadbook.

23h, c’est l’heure à laquelle je me couche habituellement, mais là le décompte au micro a commencé : 10, 9, 8,…0. Les 2500 Coureurs s’élancent, j’en ai 2200 au cul, ça pousse et le rythme est donné mais il me convient.

Le premier Km se fait sur le bitume ça joue des coudes mais ce n’est pas un sprint, chacun cherche juste sa place. Je n’ai pas froid, ma température corporelle est au poil, je ne souffrirai pas de la température tout au long du parcours ! La neige est omniprésente sur les bords des routes pour le moment.

Nous-nous engageons dans un premier chemin de type monotrace et ça grimpe de suite. Les trailers courent, ça ne bouchonne pas, ça me plaît d’être dans ce wagon où il n’y a pas de « randonneurs ». On prend 100m de D+ dans les jambes, ce n’est rien, mais ça calme déjà les non habitués, j’en profite pour relancer une fois arrivé sur la crête, on tient un bon rythme, les coureurs ne sont toujours pas très bavard, les chemins sont remplis de neige et de boue les chaussures accrochent parfaitement j’arrive à garder les pieds au sec, aucun soucis à ce niveau. Par contre nombreux sont ceux qui dérapent et pestent mais à la vue de leurs chaussures rien d’étonnant.

Première descente, et déjà quelques chutes ! 2 coureurs s’arrêtent quand 1 tombe. L’esprit trail est là, et cela fait plaisir ! J’ai pleine confiance en mes pompes et continue sur un bon rythme, nombreux sont ceux qui jouent la prudence dans la descente et y vont à tatillon.

Je passe le premier ravitaillement, je me répète mes temps de passage « minimum 55minutes ou max 1h10 » je regarde ma monte 48minutes ! Je suis bien, un bon rythme constant, je double rarement (beaucoup moins que quand je pars en milieu de peloton) mais je gagne quelques places et décide de ne pas ralentir malgré mon avance sur mon temps de passage.

Les paysages de nuits sont magnifiques, les 2300 coureurs dernière moi offrent un serpentin de lumière magique ! Je suis toujours encadré d’autres coureurs mais on ne parle toujours pas. Je suis dans ma course avec la musique dans les oreilles, je suis bien, les kilomètres s’enchainent rapidement. Chaque carrefour est encadré par des bénévoles affrontant le froid et nous accueillant avec le sourire et des mots d’encouragement.

Km 12, une descente raide, je glisse pose les mains par terre et rebondit je suis debout ! Ce n’est pas vraiment une chute, mais deux autres coureurs avaient déjà leurs mains sur mon épaule et camelbak pour me redresser ! Je les remercie et tape mes gants pleins de boue. Chute sans incidence. Une seconde chute (50mètres plus loin) sur une grande plaque de verglas sur la route qui coupe ce chemin même. Je me suis relevé immédiatement mais là j’ai une bonne douleur sur la fesse/hanche et la sensation d’être mouillé, les autres me demandent si ça va et j’acquiesce aussitôt. J’enlève mon gant passe ma main à l’endroit de la douleur, ça pique et le liquide et chaud! Je regarde ma main, constat : c’est du sang… Je ne panique pas la douleur n’est pas si intense, je remets mon gant augmente le volume de l’Ipod essayant de penser à autre chose… Au bout de quelques petits kilomètres la douleur, le froid aidant, est passée.

Je gère ma course au mieux, je prends mes gels/barres/boissons au fils des kilomètres. Je suis parti pour faire la totalité du parcours en autonomie complète.

Km 20 arrive le second ravitaillement, ça roule pour moi je passe devant sans m’arrêter et me dis que je suis à la moitié. Mon roadbook me dit minimum 2H14 et maximum 2H27, ma montre indique : 2h05 ! Je suis en avance, et ça me plait, les sensations sont là.

Km 25 je commence à sentir deux ampoules au pied droit mais rien de préoccupant, j’ai toujours les pieds sec.

Km 30 pas le choix les deux pieds dedans jusqu’au chevilles : eau et boue, le chemin et juste là pour ça ! Mes pompes ont doublé voir triplé leurs poids ! Et je le ressens. Mes jambes profitent de cette excuse pour me dire qu’elles commencent à en avoir marre ! L’eau fraiche dans les chaussures rafraichissent un temps soit peu les ampoules.

Km 32, arrive le dernier ravitaillement ! 3H17 sur ma montre, j’ai 16minutes d’avance sur mon temps idéal ! Je jette ma petite bouteille de 250ml de boisson sucrée qui est vide mais je ne m’arrête pas. Il ne reste que 10 bornes, une simple petite sortie de moins de 50min en temps normal (1h09 dans le cas présent). La montée en sortant des ravitos calme ! La montée de Sainte Foy et ses 17% mettent tout le monde d’accord, personne ne tente de courir, j’aperçois le panneau m’indiquant l’arrivée à 10 km. Maintenant les écarts sont importants et pour la première fois depuis le début je suis seul.

Maintenant il n’y a que du bitume, ça tape, spécialement dans les descentes, les pieds et jambes dégustent.

Km 38, ma vitesse est « correcte » ou « acceptable » pour une fin de parcours environ 9,5/9,8 km/h sur le plat (la fatigue se fait sentir). Je m’accroche pour rester à ce rythme.

Km 40, il me tarde vraiment de franchir la ligne d’arrivée, mes jambes sont vraiment douloureuses les ampoules également, rare sont les coureurs que je croise, quelques uns boitant telles des marionnettes mal articulées, qui vont finir les 4 derniers km en marchant. 2 ou 3 me rattrapent et me passent à une allure incroyable qui me laisse sur place. (Ils ont du faire une pause au ravito et rattrapent leur « retard »). Mais je ne me démoralise pas il faut tenir !

Km 41 j’en ai marre je ne pense qu’à l’arrivée, je suis encore tout seul sur les quais de Lyon. Puis me rattrape un autre coureur, je coupe l’Ipod, me colle à son rythme et on échange quelques mots, cela fait du bien de parler et rire. Nous sommes sur les quais de Lyon il est 3h20 du matin, nous passons devant les boites de nuits remplies mais nous avons aucune envie d’aller danser!

Km 42 plusieurs coureurs marchent en boitant (même si c’est plat) ils essayent de courir, tiennent 50m et remarchent. Je m’accroche et ne lâche rien je tiens mon rythme de 9,6/9,8Km/h.

Km 43, dernier kilomètre je ne trouve pas les forces de la fin de parcours je reste sur mon rythme, panneau : 100m puis 75m, 50m et 25m là non plus toujours aucune ressource ne me vient.

On est Dimanche 02 décembre il est 3h36 du matin, je rentre dans le palais des sports de Lyon, passe la ligne d’arrivée en faisant un coucou et forçant un sourire pour le photographe.

4h36min47sec, 154ème au scratch et 92 par catégorie. 1940 finiront la course sur les 2500.

Je tire une salle mine, je ne marche pas droit, mes jambes me tirent et mes ampoules sont douloureuses, je prends le t-shirt « finisher » et un coca. Les coureurs déjà présents sont allongés au sol, certains pleurent et cela me fait penser à un hôpital de campagne que l’on voit dans les films où l’on entasse les blessés là où l’on peut. Je vais chercher mes affaires, prend une douche chaude, le changement de chaussures est assez agréable pour mes pieds et rentre à la maison, le sommeil mettra du temps à venir et je ne ressens pas vraiment la fatigue. Je me couche à 6h et me lève à 10h, mes jambes sont courbaturées je grimace dès que je me lève ou m’assoie. Mes souvenirs sont sympas mais sans plus, c’est plus une validation d’un trail de 44Km plus qu’une super expérience.

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