Le marathon de Boston 2018

Disclaimer: Seulement 3 photographies sont de moi, le reste sont des images “libre d’accès” présentes sur les médias sociaux.

C’est avec une grande excitation et quelques attentes que je retourne pour la seconde année consécutive à Boston y courir le marathon. En 2017 on a eu un bon coup de chaud qui a fait exploser de nombreux coureurs. Pour ma part, je m’y étais préparé principalement sur tapis roulant dans un gym chauffé, la chaleur ressentie lors de la course ne m’avait alors pas pénalisée.

Comme on ne change pas une méthode gagnante, je remets le couvert pour 2018, sensiblement la même préparation. Le volume est bien moins important qu’en 2017 (3 à 4 courses à pied par semaine cette année, contre 6 à 7 par semaine en 2017) mais les entraînements clés passent bien, je pense pouvoir être un peu plus rapide d’une ou deux minutes sur mon chrono 2017.

Je n’ai pas d’objectif défini sauf profiter de la course, ici ma stratégie est de partir sur une base de 4min/km (2h50min finish) sur les 21 premiers kilomètres, puis, si tout va bien alors j’essayerais d’accélérer encore pour faire la seconde moitié un peu plus rapide que la première pour passer la ligne sous les 2h50min.

Le rythme de 4min/km est facile à contrôler, c’est exactement 15km/h, chaque 5km doit être fait en 20min. chaque 10km en 40min etc… 1h pour 15km et 2h pour 30km… Donc très facile de suivre son évolution sans avoir à noter et consulter tous ces temps de passages.

J’arrive à Boston le Vendredi, un beau 20 degrés Celsius, retrait des dossards, je rencontre des amis que je n’avais pas vus depuis Hawaii, on rattrape le temps perdu et déjà les prévisions météorologiques sont alarmantes.

le gars derrière semble bien heureux

Le Samedi la température atteint son maximum à 10 degrés Celsius, je fais du tourisme pour visiter la ville et ses alentours (MIT, Harvard).

Le Dimanche il fait entre 0 et +2degrés, avec quelques flocons de neige! Les prévisions annoncent un marathon avec 100% de chances de pluies du début à la fin, et la température entre 4 et 7 degrés. Je me dis que la température est ok, pas idéale, mais une fois que tu cours ça va aller.

Donc dimanche soir je sors acheter un poncho pour que je puisse rester au sec avant le départ pour m’en débarrasser plus tard sur la ligne de départ.

Lundi, petit déj léger à 6hrs du matin, 7h30 je monte dans le bus, 8hrs second petit déj, 9h30 j’arrive sur la ligne de départ sous une pluie battante et un vent (de face) avec des rafales à 84km/h, du pur bonheur!

Une ostie de belle journée, câline!

Les coureurs élites sont en place, ¾ d’entre eux ont des gants + vestes, c’est bien la première fois que je vois des athlètes pro prendre le départ d’une course ainsi habillés, eux qui chauffent très rapidement! Je me dis qu’ils vont surement balancer leurs vêtements sur le parcours car ils ne payent pas ces derniers. Nombreux sont ceux qui sont en short et t-shirt sans manche et claquent des dents, frissonnent de partout alors que l’on a encore 30min à attendre sous cette pluie sans bouger. Pour eux, je sais que leur course s’arrête ici, ils ont tellement d’espoir de performer pour partir vêtu ainsi, mais ils ne réalisent pas les effets du froid! (je ne réaliserai moi-même que trop tard que je n’ai pas non plus adopté la bonne stratégie vestimentaire).

A 30 secondes du départ je me débarrasse de mon poncho, et avec mon ami Justin on commence notre aventure Boston 2018! Bien entendu les deux pieds sont trempés depuis plusieurs minutes mais je ne vais pas changer de chaussures + chaussettes sur la ligne de départ comme d’autres coureurs car de toutes façons il faudrait répéter le processus chaque 5min.

L’ambiance est plutôt bonne, tout le monde sait qu’on ne peut rien n’y faire, il pleut il fait froid c’est ainsi, tu t’adaptes. Le seul point négatif est  dû à l’organisation (26 948 coureurs) il faut être présent à minima 30min avant le départ et attendre sous la pluie dans le froid.

Sur la première heure le sourrire est encore là

Sans m’en rendre compte la montre sonne le 5ème kilomètre, je la regarde, et lis 00:20:02. Juste dans le temps escompté. J’annonce à Justin que l’on est bien sur le rythme voulu et que je n’ai pas vu passer ces 5 premiers kilomètres. Pareil pour lui!

Je suis facile dans mon effort, pas essoufflé du tout, d’ailleurs on discutera la majeure partie du temps avec Justin. Nombreux sont les spectateurs tout le long du parcours qui ne se démotivent  pas sous cette pluie battante et ce vent incessant.

Arrive le 8eme kilomètre, je me rappelle de manger un gel (chaque 8km). Je n’ai vraiment pas faim. Je trouve cela d’ailleurs bizarre par ce froid, mais je ne me pose pas plus de question et avale le gel. Puis le 10eme kilomètre est passé en 00 :39 :46. Toujours le sourire et l’effort facile!

Le prochain ravitaillement est au kilomètre 19, je devrais selon mon plan prendre un gel au 16ème mais pas trop le choix. Les jambes commencent à se raidir, le vent nous malmène et les spectateurs nous portent grâce à leurs encouragements.  Je reste surpris du nombre de supporters et de leur soutien malgré les conditions. Chaque mile semble être le dernier tellement l’ambiance est intense. Arrive le 19ème kilomètre, je fais signe au bénévole que je veux 3 gels, elle m’en tend 3 que j’attrape au vol. J’en place 2 dans ma poche pour finir la course sans trouble et mange le 3eme. L’action de mettre mes gels dans la poche minimaliste de mon short trempé est assez ardue tout en essayant de maintenir un rythme de course décent mais avec pas mal de patience j’y arrive enfin! Je rattrape mon compagnon de course, on passe la marque de la moitié du parcours, 21.1km en 01 :25 :03 soit tout juste dans l’objectif. Le moral est bon, on continue de discuter avec Justin, mes jambes sont vraiment raides, surtout au niveau des quadriceps, les mollets vont bien, le souffle est léger et je n’ai toujours pas la sensation de transpirer. Une envie de pipi me tient depuis quelques kilomètres mais, étant sur le bon rythme je me résigne à ne pas arrêter et me retiens.

Le 25ème passe en 01 :40 :56 , soit 56 secondes de retard. Rien d’alarmant mais on sent le rythme baisser la raideur dans les jambes augmenter et l’envie de pisser s’aggraver.

Ben non, ça va pas en s’améliorant

Je vois arriver le mur du 30ème à quelques mètres de la marque, je vois mon chrono afficher 02 :01 :XX je me dis que je suis à plus d’une minute de retard et que de toutes façons ce retard ne va faire que s’aggraver. J’ai déjà abandonné la lutte au chrono dans ma tête. Je décide de ne pas me faire mal, et de rester lucide pour garder un minimum de plaisir. Il faut en plus que je conduise 5hrs après le marathon sous la pluie pour rentrer à Montréal! Juste avant le 30ème je m’arrête dans une toilette portative pour soulager ma vessie. Une fois dans la cabine j’ai l’impression d’être sur un bateau malmené. Plusieurs fois je me dis « non tu es sur le terre ferme, cela ne tangue pas ». Mais mes jambes essayent tant bien que mal d’amortir ce tangage, je visualise la cabine posée sur l’herbe afin de me persuader que non cela ne bouge pas mais rien à faire si je ne m’accroche pas à la paroi je tomberais. Bref 2 ou 3min de perdues mais qui me font réaliser que la situation n’est pas optimale!

Je retourne dans le paquet de coureurs, passe la marque des 30km en 02 :03 :55. Justin est devant et je n’essaye même pas de le rattraper. Pour les 12 derniers kilomètres c’est un rythme d’endurance/récupération que j’arriverai à tenir, entre 4min20sec et 4min30sec par kilomètre. Je connaîtrais pour la première fois ce que les coureurs qui frappent le mur subissent. La sensation de se faire doubler sans pouvoir rien faire, et se contenter de sauver les meubles! Je double encore pas mal. Nombreux sont ceux qui ont étés frappés par ce mur bien plus fort que moi. Au kilomètre 34 ou 36 arrive une zone de ravitaillement, je tends la main pour attraper un gel, mes doigts ne se ferment pas et je frappe les gels 1 par 1 qui tombent sous mes yeux et le regard des bénévoles sans pouvoir en attraper 1 seul. Je comprends alors que je suis gelé. Pour corriger le tir je me sers de mes deux bras pour que  mes deux mains puissent pinçer le gel et partir avec.

ça s’est pas amélioré

Arrive le 40ème kilomètre, je le passe en 02 :48 :38. L’an passé il ne me restait alors que 500 mètres à parcourir avec ce chrono là! Encore 2 195mètres à parcourir et je me dis que « sauver les meubles » peut signifier passer sous les 3hrs. Je fais du mieux que je peux, grimace beaucoup et arrive finalement à franchir cette ligne libératrice en 2h59min22sec (Strava annonce 2hrs57, car il enlève le temps immobile de la pause pipi).

bon rythme jusqu’au 25ème, puis la pause pipi du 30ème a plombé la moyenne!

Je retrouve Justin qui a fini 5min avant moi, puis on récupère nos affaires pour espérer se changer au plus vite, mais avec cette concentration de coureurs rien ne se passe rapidement. Je claque des dents à me les casser et frissonne comme je n’en ai jamais eu le souvenir, mais on se raisonne et on prend son mal en patience, puis finalement je récupère mes affaires, je trouve un bus chauffé pour me changer des pieds à la tête.

Gla Gla Gla

Je ne m’arrêterai pas prendre de photo, ne retrouverai aucun de mes amis, je file directement prendre le métro, retrouver ma voiture et en route pour Montréal et on oublie ça. Je suis quand même satisfait de ma course, même si déçu des conditions mais surtout frustré d’avoir suivi un entraînement si long et si contraignant pour ne pas être capable de convertir l’ensemble de ces efforts en performance qui nous rend si fier.

Les chronos sont vraiment lents pour cette édition 2018! 2h15 pour les hommes (un groupe d’âge remporte l’épreuve bien devant les élites kényans ou des USA) pour les femmes c’est couru en 2h39 (elles visaient 2h20).

Courbaturé et fiers de ma médaille

L’analyse à froid :

Je regarde les données enregistrées par ma montre et à ma grande surprise mon cardio n’a pas dépassé les 140bpm! Pire encore, ma moyenne cardiaque pour le marathon est de 122bpm! Un rythme de marche digestive d’un dimanche festif! Là je me doute que je devais être en hypothermie (très légère) avant le départ. Normalement pour moi un marathon, je le cours entre 150bpm et 160bpm. Pour Boston, le corps est passé en mode préservation/sauvegarde comme un réflexe naturel de survie pour que je ne puisse pas me mettre en danger. Ici la stratégie était d’arriver entièrement couvert (sur-veste et sur-pantalon) et de jeter le tout au départ, en gardant une veste coupe-vent anti-pluie plus gants sur toute la course. Éventuellement avoir un thermos de thé chaud avec soit (qu’il faudrait également balancer).

 

1 réponse

Laisser un commentaire